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UNIVERSITE DE FRANCHE-COMTE
LAboratoire de SEmiotique, Linguistique,
Didactique et Informatique
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Colloques

Discours et pratiques dans la didactique des langues et l'enseignement : la question du sujet dans le contexte de la mondialisation


Colloque report au 26-27-28 janvier 2012

LASELDI
Facult des Lettres
30 rue Mgevand
25030 BESANCON CEDEX

Nous nous trouvons dans l'obligation de reporter d'un an le colloque initialement prvu en janvier 2011, et cela pour qu'il se tienne dans de meilleures conditions : les salles initialement prvues sont indisponibles et certains financements escompts ne sont pas au rendez-vous.
Nous reportons donc aux mmes jours l'anne suivante 2012 : jeudi, vendredi et samedi, mais en dcalant forcment les dates : 26, 27, 28. En vous prsentant nos excuses pour ce dsagrment, et en esprant qu'il ne vous causera pas de problme, nous nous rjouissons l'ide de vous retrouver dans de meilleures conditions en 2012.
Bien cordialement
Patrick Anderson
Pour le comit d'organisation

Arguments
Les difficults penser les ressorts de l'actualit que Lyotard appelait postmodernisme marque le trouble qui fait qu'il est devenu impossible de penser le demain.
Le prsent dit Grard Pommier [1] se propulse en consumant au fur et mesure son propre hritage, il se dshrite au jour le jour , et il ajoute l'horizon semble btonn, et le futur pitine . Dans ce monde nigmatique pour chacun d'entre nous, la perte de repres du sujet moderne semble bien tre la caractristique fondamentale. L'puisement et la disparition des grands rcits de lgitimation, comme l'a repr Lyotard, nous plonge dans ce prsent qui n'est plus support par un avenir prometteur.
La perte de repres pour le sujet moderne apparat comme l'une des caractristiques fondamentale des analyses qui proposent de porter un regard sur notre contemporanit. La mort du sujet moderne, le dsarroi , comme le qualifie le psychanalyste J.P. Lebrun [2], sillustre par la dliaison symbolique qui tenait ensemble trois instances : le langage, le politique et la religion. Cet tat de fait, qui prolonge la description du malaise tel qu'il a t analys par H. Arendt [3] , inscrit la dsymbolisation comme phnomne majeur de notre poque. On peut donc lgitimement stonner - prcisment parce quil touche au langage-, que ce phnomne de perte de sens reste une dimension occulte de la transmission et de la didactique des langues [4].
On se rappelle qu'Hannah Arendt, ds les annes 1960 [5], avait pingl les trois grandes caractristiques de la pdagogie post-moderne : laffirmation de lautonomie, la promotion dun savoir enseigner sans rfrence la matire enseigne, la substitution du faire lapprendre.
Or, que ce soit sous la forme de lclectisme ou que ce soit sous la forme de ce qui peut tre rassembl sous lemblme du tout communicatif , de lapproche actionnelle[6] ou de lapproche par comptences, le/les discours qui alimentent la doxa [7]du champ ducatif et de la didactique des langues (DLE) se sont progressivement inscrits dans le no-libralisme[8].
La DLE sefforce prcisment de dvelopper une ou des conceptions dans lesquelles une suite de procdures suivre doit permettre de rsoudre une ou des tches en vue de leurs acquisitions. Ce modle, mme sil ny fait pas rfrence, dlimite un sens technique plus ou moins univoque qui sera transmis et prend source dans ce que Sperber et Wilson ont appel le modle du code [9]. Lmergence de conceptions majoritairement dveloppes autour des propositions du Conseil de lEurope ont prcisment mis en uvre, depuis les annes 1990, une instrumentalisation de la langue et ont, dautre part, prsid la disparition du sujet en tant qulment constitutif de lacte dapprendre. On peut alors se demander comment, dans ces conditions, lcole peut encore viser, selon Bernard Lahire[10] , continuer faire entrer les sujets-apprenants dans un univers de langage spcifique construisant ainsi ce quil appelle un rapport la langue (au lire, au dire et lcrire), propre lcole, o les trois dimensions du social sont prsentes dans la formation du sujet : lducatif, le politique et le cognitif.

Dans cette perspective a t labor par exemple, pour lenseignement obligatoire, le socle commun de connaissances et de comptences. Sa dfinition prend appui sur la proposition de recommandation du Parlement europen et du Conseil de l'Union europenne en matire de comptences cls pour l'ducation et l'apprentissage tout au long de la vie . Conjointement, lUnion Europenne, sest assign, en mars 2000, lobjectif stratgique pour 2010 de devenir lconomie de la connaissance la plus comptitive et la plus dynamique du monde , le Conseil Europen de Lisbonne tend donc naturaliser la connaissance et son sujet en une conomie et les rduire ltat de marchandise. Il est alors ncessaire de mener une analyse approfondie sur la migration de la terminologie de lentreprise vers un enseignement qui se conoit de plus en plus sur le modle de la formation tout au long de la vie , pour ainsi mettre au jour et tudier son corollaire : la charge idologique que vhicule cette drive terminologique.

Ce glissement smantique, en mme temps quil se diffuse partir de la langue managriale toutes les formations discursives dune poque, se dcline de manire particulirement nette travers tous les Cadres et Socles prconiss par le Conseil de lEurope [11] et le Conseil de lUnion europenne, en matire dducation et de formation. A travers ces cadres, travers les outils d' valuation voire, de contrle ? quils promeuvent et la terminologie qui les sert, cest bien une politique commune transversale qui se dessine. En effet, dans leur conception, sur un modle modulaire, chacun prend sa place dans un ensemble qui a t pens comme global, sans toutefois avouer sa vise totalitaire. Il s'agit donc d'une part d'analyser les ressorts linguistiques (lexicologiques, rhtoriques, etc.) de la novlangue nolibrale [12] europenne, mais aussi de mettre en vidence ses fins quant la modification du sujet qu'elle entend oprer.

Le colloque prvu en janvier 2011 propose donc d'interroger la didactique des langues et lenseignement en Europe, dans leurs discours et dans leurs pratiques, sur la conception du sujet qu'ils vhiculent. ce titre, il est important de convoquer les points de vue historique, socio-anthropologique, psychanalytique et politique.
Quatre axes seront donc dvelopps au cours du colloque. Ils devraient permettre aux diffrents spcialistes du domaine d'apporter des rponses d'ordre complmentaire. A l'heure o l'Universit est son tour menace d'encadrement et d'valuation par les experts et leurs indicateurs, il lui incombe d'analyser le phnomne qui la menace avant d'en tre rduite appliquer son tour les technologies de l'intellect [13] .

1. L'axe historique : les sujets de l'enseignement/apprentissage ont reu des dnominations diverses. En quoi la didactique des langues est-elle en continuit ou en rupture avec ces conceptions ? Quelles ont t les modlisations ducatives qui ont donn lieu des conceptions du sujet ?

2. L'axe Socio-anthropologique : quel sujet va-t-on construire en appliquant la socialisation scolaire telle que lenvisagent les politiques ducatives europennes ? quelle est la place du sujet-apprenant dans le socle commun de connaissances et de comptences ? quelles relations entre le sujet et la personne ? quel traitement culturel dans l'enseignement de la langue ? Intrt de l'interculturel, l'anthropologie de la communication dans la didactique des langues....

3. L'axe psychanalytique : Qu'en est-il du dsir du sujet et qu'en est-il du fait d'apprendre ? Qu'en est-il de la position de l'enseignant-(enseigneur) ? Et qu'en est-il du sujet qui apprend ?

4. L'axe politique : la planification/modlisation ducative et linguistique et sa relation au sujet politique...


____________________

[1] Pommier G. (2000) , Les corps angliques de la postmodernit, Paris : Calmann-Lvy.

[2] Lebrun J.-P. (2001), Malaise dans la subjectivation, Les Nouveaux Dsarrois du sujet, Paris : Ers.

[3] Arendt H. (trad. fr. 1972), La crise de l'ducation , in La crise de la culture (1954 1968), Paris : Gallimard.

[4] Judet de la Combe P. et Wismann H. (2004), L'avenir des langues, Paris, Cerf.


[5] Arendt H. (trad. fr. 1972), Qu'est-ce que la culture ? , in op. cit.

[6] Cf. Puren Ch. (2006), La perspective actionnelle-Vers une cohrence didactique in Le Franais dans le Monde 348, nov-dc. ; Beacco J.-C. (2007), L'approche par comptences dans l'enseignement des langues, Paris : Didier.

[7] Par exemple, la dlimitation propose entre discours A et discours B, Moirand S. Dcrire les discours dune revue sur lenseignement des langues tudes de Linguistique Applique 61, 1986, p.27 et 32 et Besse, H. Pour un retour la mthodologie tudes de Linguistique Applique 63, 1986, p.7-16.

[8] Quon entendra comme symptmes significatifs de la mutation actuelle de la modernit pointe par DR Dufour : instantanit informationnelle, limportance prise par des technologies trs puissantes et souvent incontrles, lallongement de la dure de la vie et la demande insatiable de grande sant,la ds-institutionnalisation de la famille, les interrogations multiples sur lidentit sexuelle, les interrogations sur lidentit humaine puisquon parle aujourdhui dune personnalit animale, lvitement du conflit et la dsaffection progressive du politique, la transformation du droit en un juridisme procdurier, la publicisation de lespace priv, la privatisation de lespace public in La condition subjective lre de lconomie de march, Sant conjugue, avril 2002 n2, p.34.

[9] Sperber D. et Wilson D. (1986), La pertinence- Communication et cognition, Paris : Minuit.

[10] Bernard Lahire (1990) Sociologie des pratiques dcriture : contribution lanalyse du lien entre le social et le langagier , Ethnologie franaise, 3, 262-263.
_____ (1991) Les pratiques langagires orales en situation scolaire des enfants de milieux populaires Revue Internationale de Pdagogie, vol. 37, n* 4, 401-413.
_____ (1993) Rapport au langage et apprentissage de la lecture et de lcriture Recherche en ducation/Thorie et Pratique, N* 13, 3-13
______ (2008) La raison scolaire. cole et pratiques dcriture entre savoir et pouvoir. Presses Universitaires de Rennes (P.U.R.)

[11] Par exemple : Cadre Europen Commun de Rfrence pour les Langues, Portfolio europen commun des langues destin aux lycens, tudiants et adultes, Profil europen pour la formation des enseignants de langues trangres, Cadre europen pour les comptences cls pour lapprentissage tout au long de la vie, Cadre cohrent dindicateurs et de critres de rfrence des progrs accomplis vers les objectifs de Lisbonne, Cadre unique des diplmes europens LMD etc.)

[12] Bihr A. (2007), La novlangue nolibrale. La rhtorique du ftichisme conomique, Lausanne : ditions Page deux.

[13] Goody J. (2002), Pouvoirs et savoirs de l'crit, Paris : La Dispute.


Comit scientifique
Mireille Cifali, Professeur Sciences de lducation, Universit de Genve,
Jean Louis Chiss, Professeur Sciences du langage,Universit de Paris III,
Maria Jos Coracini, Professeur Sciences du langage, Universit de Campinas Brsil,
Jean Giot, Professeur Sciences du langage, Universit Notre Dame de la Paix, Namur,
Roland Gori, Professeur de Psychopathologie, Psychanalyste, Universit dAix Marseille,
Bernard Lahire, Professeur de sociologie, ENS Lettres,
Jean Pierre Lebrun, Psychiatre et psychanalyste, Namur,
Yannick Lefranc, Matre de Confrences, Universit de Strasbourg,
Jean Marie Prieur, Professeur, Sciences du langage,Universit de Montpellier III,
Franois Rastier, Directeur de recherche CNRS, Paris,
Thierry Sauze, Psychiatre et psychanalyste (Convention psychanalytique), Besanon,
Dan Savatoski, Professeur Sciences du langage, Universit de Bourgogne,
Hughes Zysman, Psychiatre et psychanalyste (Convention psychanalytique), Besanon

Comit d'organisation
Kh. Ben Abdhallah
J. Alvarado-Migeot
P. Anderson
A-S. Calinon
F. Migeot
B. Rui
V. Spath
Doctorants :
Arlindo Barreto
Afaf Boudebia
Vronique Dague
Sabrina Hezlaoui
Nama Mati
Suzanne Moftah
Rmy Mttal
Contacts