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UNIVERSITE DE FRANCHE-COMTE
LAboratoire de SEmiotique, Linguistique,
Didactique et Informatique
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Séminaires

LA MEDIATION SCOPIQUE


- Jeudi 20 mai 2010 de 14h à 16h

- Professeur Bernard LAMIZET (Institut d'Etudes politiques de Lyon)



salle D 13 , UFR SLHS, 30 rue Mégevand, BESANCON

Arguments
Introduction : rhétorique du visible et sémiotique de l’image
La rhétorique est une articulation de la dimension sémiotique du langage (interprétation et signification) et de la dimension pratique du politique (la rhétorique articule le discours ou l’image au faire). Dans le champ spécifique de la communication visuelle, la sémiotique et la rhétorique du visible articulent la pulsion scopique (le regard du sujet) à la dimension sociale de son identité, inscrite dans l’espace public.

1. De la pulsion scopique à la médiation scopique
C’est la psychanalyse qui fonde le concept de pulsion scopique, en articulant, ainsi, le désir du sujet à l’expérience de la vision. Il s’agit de la première transformation de la vue en regard : dans le regard, la vision est articulée au désir du sujet. Le regard articule la vision du sujet à son inconscient et à la mémoire de ses visions précédentes, et la médiation scopique articule la vision du sujet à la conscience de son propre corps.

2. La médiation scopique : l’articulation du regard singulier et du regard collectif
La deuxième transformation de la vision en regard la renvoie au savoir du sujet et à sa conscience d’appartenance et de sociabilité, à son identité politique. Par la médiation scopique, le regard devient orienté (rapport à l’espace social), prévisible (rapport au temps social) et interprétable (rapport au code et à la culture). La médiation scopique articule, ainsi, le regard singulier à sa dimension collective et fonde, ainsi, l’acteur désigné comme le public. Le regard devient, ainsi, un des instruments du refoulement et de l’institution politique, par l’institution de la censure et de l’exclusion (scène vs obscène), de l’appartenance et du contrat social, et de la loi qui institue une norme du regard.

3. Une rhétorique de la spatialité
A la différence des pratiques de la parole et de l’écriture qui s’inscrivent dans une logique de la temporalité, le visuel s’inscrit dans une logique de la spatialité. La rhétorique du visible se fonde sur une certaine structure de l’espace où la place du sujet est imposée par le code rhétorique. Par ailleurs, il s’agit d’une rhétorique non performative, car le regard est fondamentalement irréductible à l’acte. La rhétorique de la spatialité est, ainsi, articulée à l’imaginaire.

4. Une topique de places imposées au sujet
La spatialité imposée par la rhétorique du visible est une topique : elle consiste dans une articulation entre les identités des sujets de la communication et la place qu’ils occupent dans l’espace de l’échange symbolique. Par ailleurs, dans l’espace de la communication visuelle, la spécularité qui fonde l’identité du sujet sur le rapport à l’autre est refoulée par la nécessité de l’intériorisation par le sujet de la structure des places : la dimension scopique de la relation symbolique refoule la spécularité.

5. La clôture de l’espace de la communication iconique
La communication visuelle repose sur le clivage entre deux espaces, l’espace de public de la rencontre de l’autre et l’espace de l’iconicité et du regard du sujet. C’est cette distinction entre deux modes de rationalité de l’espace qui fonde la clôture de la rhétorique du visible sur la spécificité de l’espace du visible, désigné par le terme templum, qui désigne la coupure (tem) de l’espace par laquelle l’espace dans lequel le visible prend sens pour le regard.

6. Une rhétorique de la clôture
La rhétorique du visible se fonde sur une triple clôture. La rhétorique de l’information impose un regard sur l’événement en codant l’espace de sa représentation. La rhétorique de l’argumentation politique impose un « point de vue », une façon de regarder le monde et de se situer par rapport à lui. La rhétorique de la fiction impose une expression visuelle du désir du sujet.

7. Une recomposition de la médiation politique entre le singulier et le collectif
La rhétorique du visible repose sur l’intériorisation des places par le sujet du regard : la médiation et la rhétorique reposent, dans ces conditions, sur l’articulation de l’identité du sujet et de l’expression de son regard sur le monde, sur le clivage entre la logique de la parole et celle du regard. Il s’agit, finalement, de constituer la dimension collective de la pulsion scopique pour fonder pleinement une médiation scopique.

8. Rendre le politique visible
En s’inscrivant dans une logique de formes visibles, les politique se donne une visibilité. Rendre le politique visible, c’est l’inscrire dans une logique particulière de signification fondée sur quatre éléments propres. D’une part, il s’agit de donner une consistance symbolique particulière à la présentation du politique, à l’affirmation de sa présence dans l’espace public. D’autre part, il s’agit d’articuler la signification des identités politiques à l’expérience effective de leur présence dans l’espace. Par ailleurs, il s’agit de donner corps à une expérience du politique dans la matérialisation d’une expérience effective du fait institutionnel. Il s’agit, enfin, d’articuler le réel et l’imaginaire du politique dans l’expérience de la limitation qu’ils représentent de la signification du discours et des représentations.

9. Une logique particulière de signification du politique
La médiation scopique met en œuvre une logique de la signification, fondée sur trois éléments qui la caractérisent. D’une part, l’instance du regard fait obstacle à la mise en œuvre de la dimension critique de la médiation symbolique dans la mise en œuvre d’une logique de l’évidence. D’autre part, la sémiotique visuelle mise en œuvre par la médiation scopique inscrit l’appartenance et le fait social dans une logique de l’évidence, qui abolit la distance de l’espace et, surtout, du temps, dans une affirmation de la double signification du présent, dans l’espace et le temps. Enfin, l’instance du regard – ce qui est lié aux deux premiers éléments – fait obstacle à la distanciation du fait institutionnel dans l’expérience que fait le sujet de l’immédiateté de sa présence dans l’espace public.

L’exposé reposera sur l’analyse d’un corpus d’images fixes : photographies de presse, images composant une rhétorique d’acteurs politiques, reproductions de peintures classiques.