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UNIVERSITE DE FRANCHE-COMTE
LAboratoire de SEmiotique, Linguistique,
Didactique et Informatique
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Directeurs : Andrée CHAUVIN-VILENO et Daniel LEBAUD


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Séminaires

Didactique des langues - 2010/2011

A partir de 2011, nouvel horaire et nouvelle salle :
- les mercredis, de 16 à 18 h 30 pour V. SPAETH et P. ANDERSON
- Salle H10

Bureau FLE, UFR SLHS, 47 rue Mégevand, BESANCON

I. Didactique des langues, constitution de la parole et subjectivation - Pr. Patrick Anderson
Dans Essais et conférences, Heidegger s’interroge sur la question de la technique moderne, l’essence de la technique se développe pour elle-même dans une sorte de volonté, c’est-à-dire dans un processus d’engendrement infini. Il y a, en quelque sorte, un mythe du maîtrisable. Ce mythe du maîtrisable, d’une certaine façon, est à l’œuvre aujourd’hui dans les tendances largement diffusées de la didactique du français langue étrangère. Le «faire» que repérait Arendt dans l’acte éducatif prend la forme de la poïesis (terme d’Aristote) qui vise à produire quelque chose d’extérieur à l’agent de production et qui s’accomplit par l’intermédiaire de la techné – le savoir faire. A l’image des trois singes marquant les sens, les trois termes savoir faire, savoir dire et savoir être, rejettent la construction de l’objet de savoir. L’activité poïétique est incapable de prendre en compte le monde qu’elle constitue, elle entre dans la mentalité utilitariste, à l’opposé, la praxis ne s’épuise pas dans la production, elle demeure dans le sujet et dure aussi longtemps que lui. Elle est libre, parce que le désir n’est pas assujetti à une nécessité ou à une utilité.
De ce forçage qui fait de notre contemporanéité un monde inconsistant selon le sociologue Jean de Munck émerge une caractéristique remarquable qui nous inscrit dans le désarroi, au sens où nous serions entrés dans un monde sans limite, pour reprendre l’expression du psychanalyste Jean Pierre Lebrun. En d’autres termes, la disparition délibérée du sujet, occulte la question du transfert lui-même, et l’on peut se demander comment le gain de savoir s’effectuant dans et par le transfert (constitutif de l’apprendre) advient dès lors que le dispositif de savoir ne prend plus la place du dispositif de jouissance.
A partir de ce bref rappel nous continuerons à interroger ce que recouvre dans la didactique du FLE apprendre la langue de l’autre et ce que recouvre le réductionnisme opérée. (CECR, apprenant, centation, compétences, motivations, etc….). Il conviendra de reprendre la distinction opérée par Lacan entre autre / Autre et articuler ce qu’elle peut signifier pour la question de l’enseignement / apprentissage d’une langue étrangère.

Références bibliographiques :
Agamben G., La communauté qui vient – Théorie de la singularité quelconque. Torino, Einaudi, 1990, Paris, Seuil, tr.fr. 1990.
Arendt H., « Qu’est-ce que l’autorité ? » in La crise de la culture, Gallimard, Paris, 1972, tr.fr.
Beacco J.C. L’approche par compétences dans l’enseignement des langues, Paris, Didier, 2007.
Goldschmidt, G-A., A l’insu de Babel, Paris, CNRS éditions, 2009.
Lacan J., Ecrits, Paris, Seuil, 1966
Autres écrits, Paris, Seuil, 2001. Safouan M., Le langage ordinaire et la différence sexuelle, Paris, O Jacob, 2009.
Taylor C.,(1989) Les sources du moi – La formation de l’identité moderne, Paris, Seuil, 1998.

Dates de 16h à 18h30 :
(2010) : mercredis 24 novembre, 8 décembre
(2011) : mercredis 19 janvier, 9 février, 2- 16 mars, 6 avril


Salle H10, UFR SLHS, 47 rue Mégevand, BESANCON

II. Didactique des langues : entre langues, sujets et histoire - Pr. Valérie Spaëth
Cette année, nous continuerons d’explorer les fondements critiques de la didactique des langues d’un point de vue historique et politique. L’année passée, nous avons cheminé dans la lecture d’un certains nombre de textes fondateurs de la linguistique historique et des concepts de langue et de culture (Humboldt/Rousseau/Lévi-Strauss/Judet de la Combe, etc.).
Dans sa dernière conférence, « Microsociologie et histoire », en 1983, E. Goffman affirme que : « La forme de vie institutionnelle, la relation entre les classes, ne peuvent être déduites de ce qui se produit dans une interaction » (1983, 2001), soulignant ainsi la nécessité d’introduire l’histoire sociale dans les analyses qui touchent les individus. Les derniers essais de N. Elias qui viennent d’être édités (2010) mettent en lumière cette relation d’interdépendance nécessaire entre les points de vue macro (histoire) et les points de vue micro (sujets) : l’économie psychique des individus fondée sur l’auto-contrainte ne s’interprète que dans un tissu sociohistorique complexe.
C’est avec l’étude d’un classique du domaine dans la réflexion linguistique et politique : l’ouvrage de V. Klemperer que nous reprendrons notre parcours réflexif : on se demandera comment les idéologies linguistiques se constituent et influent sur les sujets, comment les institutions les relaient.
Nous explorerons ensuite certaines configurations historiques et politiques particulièrement modélisantes et interventionnistes sur la question linguistique et culturelle : les colonisations/décolonisations, les migrations/les immigrations, la construction européenne, la Francophonie, le Monde arabe…
On s’interrogera aussi sur le statut de la langue pour le sujet (maternelle/étrangère/sacrée/profane, etc.) dans la tension permanente entre les constructions identitaires singulières, les constructions nationales, voire internationales, et les institutions chargées de l’enseignement/apprentissage des langues.
On se demandera enfin comment la question des « origines » et de « l’authenticité » (langue d’origine, culture d’origine) vient, depuis les années 1980, reconfigurer la question identitaire des sujets et au lieu d’en faire un pôle de réflexivité, radicalise souvent le lien bi-univoque entre la langue et la culture, la mémoire et l’histoire. On examinera aussi la question des frontières linguistiques dont « il faut accepter qu’elles ne passent plus à l’extérieur, mais à l’intérieur de nous-mêmes » (G. Lüdi, 1994 : 1). Selon les configurations historiques, sociales et politiques, elles seront jugées suspectes ou au contraire seront signes de distinction (cf. Bourdieu)…

Références bibliographiques :
Alao G. ; Argaud E. ; Derivry-Plard M. et Leclercq H. éds (2008), Grandes et petites langues, col « Transversales », Berne : Peter Lang.
Anderson B.(2002 trad.fr.), L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris : La Découverte.
Bally Ch., (2004). La crise du français. Notre langue maternelle à l’école [1931], Genève- Paris : Droz.
Bonet L. et Négrier E. dir. (2008), La fin des cultures nationales ? Les politiques culturelles à l’épreuve de la diversité, col « Recherches », Paris : La Découverte.
Deleuze G et Parnet Cl (1996), Dialogues, Paris : Flammarion.
Elias N (2010), Au-delà de Freud, sociologie, psychologie, psychanalyse, postface de B. Lahire, Paris : La découverte.
Goffman E. (1983), « Microsociologie et histoire », in Le sens de l’ordinaire, P. Fritsch dir., Paris : CNRS, 197-202.
Hamad N. (2004), La langue et la frontière, Paris : Denoël.
Humboldt, W. von (1974 trad.fr.) [1836], Introduction à l’œuvre sur le Kavi, et autres essais, Paris : Le Seuil.
- Sur le caractère national des langues, (2000), Paris : Points Seuil.
Hérodote (2006), « La question post-coloniale », Paris : La Découverte;
Klemperer V. [1947] (1996 trad. fr.), Lingua Tertii imperii, La langue du troisième Reich. Carnets d’un philologue, Paris : Albin Michel.
Raison Présente (2008), « Démonter le langage du pouvoir ».
Lévi, P. Si c’est un homme, poche.
Lüdi, G. (1994), « Qu’est-ce qu’une frontière linguistique ? » in Babylonia n° 1-2, 9-16.
Savatovsky D. (2004), « Philologie d’une nov-langue, la LTI de Victor Klemperer », in, Le discours sur la langue sous les régimes autoritaires, P. Sériot et A. Tabouret-Keller éds, Cahiers de l’ILSL, 17, Université de Lausanne, 205-218.
Spaëth V (2005), « Frontières, langues, discours et histoire », in Galligani et Spaëth dir. Contacts des langues et des espaces. Frontières et plurilinguisme, Synergie France 4, 16-30.
Spaëth V. (2010) dir. Le français au contact des langues : histoire, sociolinguistique, didactique, Langue Française 167.
Tabouret-Keller A. (2004). « Les métaphores multiples de l’expression ‘langue maternelle’ : un projet de travail » in, Le discours sur la langue sous les régimes autoritaires, ibid., 277-288.
Thiesse A-M. (1999), La création des identités nationales, Europe, XVIIIème –XXe siècle, Paris, Le Seuil.
Trabant J. (2007). « De la langue allemande : un avenir lourd de passé », Le français aujourd’hui, 156, « L’enseignement de la langue. Crise, tension ? », Chiss et Manesse éds, 69-78.
Werner M. dir. (2007), Politiques et usages de la langue en Europe, col « Dialogiques », Paris : Editions de la Maison des sciences de l’homme.


Dates de 16h à 18h30 :
(2010) : mercredi 1er décembre
(2011) : mercredis 26 janvier- 2 février- 16 février- 9 mars-13 avril- 4 mai


Salle H10 , UFR SLHS, 47 rue Mégevand, BESANCON